Texte source

L’amitié n’est plus ce qu’elle était…

Le boom des réseaux sociaux met en danger les relations humaines et enlève de la valeur au mot “amitié”.

Aussi sociables que nous sommes, notre cercle d’amis intime ne dépasse pas en général, une dizaine de personnes. Cependant, la situation change complètement quand il s’agit de notre alter-égo virtuel, plus amicale, conviviale et accessible. En effet, chaque espagnol a en moyenne 143 amis sur les réseaux sociaux, où l’amitié prend un nouveau sens , plus libre et plus distant. La généralisation de ces plates-formes a non seulement transformé les échanges mais aussi la manière dont nous nous mettons en relation avec les autres. Cela est bien différent de la situation des générations dites “non-digitales”: aujourd’hui, plus le nombre d’amis est élevé mieux c’est, bien qu’ils soient de l’autre côté de l’écran. Même si selon la Real Academia Española le concept de l’amitié “naît et se renforce avec le temps”, il est rare de trouver une personne qui n’a pas un ami dans son profil, avec qui il a peu de contact ou qu’il n’a jamais rencontré dans la vraie vie.

Facebook, la plus populaire de ces applications, est devenu un phénomène de proportions bibliques, avec près d’un milliard d’utilisateurs. L’oeuvre de Mark Zuckerberg est pour beaucoup un simple collectionneur d’amis. “Le concept d’amitié a perdu de sa valeur. C’est une course pour savoir qui a le plus d’amis sur les réseaux sociaux”, indique la psychologue Isabel Menéndez Benavente. “Il n’est pas rare de voir des gens avec des milliers d’amis, qui ne le sont pas en réalité, car ils ne les connaissent pas. Les jeunes comme les plus vieux collectionnent les amis, et plus ils en ont, plus ils se sentent populaires”.

“Accros à Internet”

Dans notre pays qui compte près de 27 millions d’internautes, 2 milliards dans le monde entier selon le consultant TNS, peu sont ceux qui échappent au filet des réseaux sociaux, que ce soit Facebook, Tuenti, Twitter ou MySpace. Ainsi, neuf internautes sur dix ont un profil créé sur l’une de ces plates-formes. Selon une récente étude de Sondea, presque la moitié des espagnols reconnaît être “accro” à internet et quatre espagnols sur dix restent connectés entre quatre et dix heures par jour, surtout sur les réseaux sociaux. “Le conflit apparaît quand nous perdons le contact humain, face à face”, affirme Bartolomé Pérez Gálvez, psychiatre à l’Hôpital Universitaire d’Alicante. Et ceci est déjà en train de se produire.

En effet, un internaute sur quatre connecté aux réseaux sociaux, reconnaît entretenir plus de relation avec ses amis à travers l’ordinateur qu’en personne. Cela peut donner lieu à un semblant de proximité. Dans ce sens, un sur trois d’entre eux pense se sentir plus proche de sa famille et de ses amis depuis qu’il utilise ces réseaux. “Nous ne pouvons laisser de côté les relations humaines”, signale Juanma Romero, fondateur de la plate-forme Adicciones Digitales.

“Tu commences à raconter ta vie et à interagir avec des inconnus et tu t’éloignes de tes véritables amis”, note Menéndez Benavente. Pour la psychologue, notre style de vie mouvementé en serait la raison. “Le manque de temps et la recherche de l’anonymat conduisent à se réfugier sur les réseaux sociaux, perdant alors les amitiés réelles”. Cependant, elle met aussi en avant les aspects positifs de ces moyens de communication, comme renouer avec d’anciens amis ou collègues de travail. “Le problème se trouve dans l’abus, surtout avec les smartphones”, conclut-elle.

Mais le conflit va au-delà de la dépersonnalisation. Il devient plus difficile de maintenir le contrôle sur notre vie privée étant donné le nombre d’amis peu fiables que nous avons sur le net. “Toute activité en ligne contribue à forger la réputation virtuelle d’un individu”, informe Microsoft dans une étude. Pourtant, moins de la moitié des internautes espagnols sait que son activité sur les réseaux peut influencer sa réputation en ligne sur le long terme. De plus, les données que nous rentrons sur les profils des réseaux sociaux peuvent également se déplacer sur le net sans le moindre filtre. “Les données personnelles sont le pétrole du XXIe siècle”, affirme Stefan Gross-Selbeck, président de Xing, important réseau social pour professionnels. Les entreprisent amassent des quantités importantes d’informations sur internet et les utilisent pour servir leurs propres intérêts. “Nous sommes le plus grand danger, nous les petits-frères qui faisons partie du Grand-Frère du XXIe siècle”, juge Andrew Keen, expert en nouvelles technologies.

“FEISBUK” compromet sérieusement les relations humaines

Les réseaux sociaux ne reçoivent pas que des éloges ou des commentaires positifs, même Facebook, géant virtuel, n’échappe pas aux critiques. Ainsi, en 2009, un groupe intitulé “Feisbuk compromet sérieusement le concept d’amitié” y a été créé, destiné à tirer la sonnette d’alarme sur la dénaturation des relations humaines à cause d’internet. “Tu as 847 amis. Bien sûr, la moitié d’entre eux ne sait pas ce que tu fais dans la vie, ni dans quelle ville tu habites, à moins que l’information ne figure sur ton profil et qu’il le visite de temps à autre, ce qui est peu probable…”, affirment les auteurs de ce groupe avec sarcasme.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s